Prévenir les écueils des tests de personnalité

Nombreux sont les organismes de conseil et développement qui proposent systématiquement des tests de personnalité aux clients qu’ils accompagnent. Si dans certains cas ces tests peuvent être utiles, il est important de rester vigilant quant aux conditions dans lesquelles ils sont proposés.                                   

Je rencontre régulièrement dans le cadre d’un premier entretien de coaching des personnes qui se présentent en évoquant les résultats des tests qu’elles ont passés. Il s’agit de sigles, de catégories, de couleurs… selon les différents modèles qui les ont catégorisées (MBTI, Ennéagramme, Process Com, DISC…).

Lorsqu’une personne peut s’identifier aussi facilement à un résultat de questionnaire, nous pouvons nous questionner sur la manière dont le test aura été présenté et débriefé. S’agissant de la représentation que la personne a d’elle-même, l’enjeu est sensible et requiert un accompagnement adapté.

GRILLES VS DEVELOPPEMENT, DES INTENTIONS DIVERGENTES :

Bien que la notion d’ « inventaire » ait peu à peu remplacé celle de « test », nous n’avons toujours affaire qu’à des « modèles ». Leur objectif est de proposer une grille de lecture permettant de mieux appréhender une réalité complexe à partir d’une vision simplifiée et codifiée de celle-ci. Le dessein est intéressant mais par essence réductionniste. Et s’agissant de l’humain en particulier, ils ne peuvent appréhender toute la richesse, la complexité, la caractère unique de la personne.

Or, l’objectif d’un projet de développement personnel est bien différent. C’est justement en permettant à la personne de se reconnecter à l’ensemble de sa richesse potentielle, en lui proposant un accompagnement qui prendra en considération sa personnalité unique, que le développement sera encouragé. La connaissance de soi est un cheminement.

Si dans certains cas, un questionnaire* de personnalité peut être jugé intéressant dans le cadre de l’accompagnement, il est alors crucial que le coach puisse préalablement et de manière précise vis-à-vis de la personne qu’il accompagne :

  • clarifier l’intention et les limites du test, 
  • présenter l’éclairage que celui-ci pourra apporter, en rappelant que cet éclairage restera partiel et réducteur par rapport à sa personnalité.
ACCOMPAGNER ET PREVENIR L’EFFET « SELFIE » :

Les « selfies », ces étranges miroirs qui ne nous offrent qu’une représentation fixe de nous-mêmes au milieu de fragments de passé.

 Au-delà du point sur la vision réductionniste des tests, le principal écueil réside dans la manière dont les résultats sont restitués puis utilisés. Le risque est de figer, voire de renforcer les traits de l’image que la personne peut avoir d’elle-même à partir d’une construction ne se référant qu’à une vision – partielle et simplifiée – du passé.

Le test peut même contribuer à ce que la personne développe une vision erronée d’elle-même. D’une part, les résultats pourront lui donner l’impression de « comprendre » voire de justifier certains de ses comportements. D’autre part, ils pourront aussi orienter ses actions de manière inconsciente et permettre au mécanisme bien connu des prophéties auto-réalisantes de se déployer (« Que vous pensiez que vous allez réussir ou que vous allez échouer, en général vous aurez raison » disait Henry Ford).

Pour éviter cet écueil, l’accompagnement est essentiel :

Un temps pour prendre connaissance :

Intention : permettre à la personne accompagnée de prendre connaissance des « préférences », des « talents », des « savoirs faire », du « savoir être »… qui auront pu être identifiés par le modèle, tout en veillant à ce que le portrait qui se dessine ne soit jamais considéré comme une représentation définitive ou exhaustive de la personne,

 Un temps pour se positionner :

Intention : permettre à la personne de prendre position personnellement par rapport à ces informations. En se positionnant, elle se met en capacité de valider par elle-même les données, de les prendre ou de ne pas prendre, de faire le tri, et de donner aux résultats sa coloration personnelle en évoquant les expériences qui lui reviennent en mémoire pour illustrer certains de ses choix.

Le coach soutient cette phase de positionnement afin d’encourager la personne à s’exprimer, à choisir, à étayer ses choix à travers la narration d’expériences vécues, et ainsi à éviter d’adopter une posture passive vis-à-vis des résultats du test.

 Un temps pour « faire socle » et pouvoir se projeter :

Intention : permettre à la personne de confirmer celles de ses préférences aidantes, ceux de ses talents qu’elle aura retenus pour bâtir le socle de son évolution future. En travaillant sur ses talents afin qu’ils puissent « faire socle », la personne va se donner les moyens de s’appuyer sur ses capacités acquises, celles qu’elle aura reconnues et valorisées pour pouvoir ensuite évoluer en confiance vers de nouveaux challenges, de nouvelles possibilités et de nouveaux talents.

LE SOCLE, POINT DE DEPART DE LA DYNAMIQUE :

Ruella Frank**, médecin et psychothérapeute américaine, a mis en évidence l’importance de six mouvements fondamentaux dans le processus de développement de l’être humain à partir de sa naissance.

 Nous proposons d’illustrer l’importance de la notion de socle dans l’initiation de la dynamique, en évoquant les premiers mouvements décrit par R. Frank.

  1. Le premier consiste simplement à ressentir le soutien rassurant d’une surface portante (ce que nous considérons ici comme le socle) et à pouvoir s’y abandonner en pleine confiance,
  2. Le deuxième mouvement décrit le fait de prendre appui sur cette surface afin de pouvoir initier un premier mouvement de déploiement,
  3. Le troisième mouvement engage l’« aller vers », l’exploration. Il permet d’évoluer vers d’autres possibles, d’autres découvertes, d’autres savoirs, qui viendront enrichir le socle des talents de départ.

Selon les mots de R. Frank « il y a dans le laissé porter de départ tous les mouvements en tant que potentialités ».

 Cette vision peut s’appliquer de manière analogique au processus de développement personnel. Accompagner la personne pour qu’elle puisse prendre appui sur ses forces, ses talents, son savoir être,… sur toutes les ressources aidantes dont elle dispose, dont elle aura pris conscience et qu’elle aura choisies lui permettra de s’inscrire dans une dynamique nouvelle et positive pour évoluer vers son devenir.

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