
✨Si Socrate est la figure inspirante de référence pour les professionnels de la relation d’aide et de l’accompagnement, le coaching et la psychothérapie en particulier, Aristote peut lui aussi nous aider à mieux appréhender l’importance de la réflexivité.
Au cours des dernières décennies, la réflexivité est devenue une pratique professionnelle régulière préconisée dans les champs du secteur social, du soin, ou encore de la recherche. Elle fait bien sûr également partie du cadre déontologique du coach professionnel – son espace de supervision lui offrant en particulier la possibilité de développer cette démarche.
👉 La réflexivité, une pratique déontologique :
L’enjeu de la réflexivité est essentiellement de mieux comprendre et d’affiner sa pratique professionnelle à partir de ses expériences. Il s’agit aussi à la fois de mieux appréhender ce qui se joue dans la relation avec les personnes accompagnées, d’apprendre à mieux connaitre sa propre subjectivité et celle de ses coachés, et de se créer un espace de réflexion pour pouvoir à la fois de prendre du recul, revisiter son geste professionnel, et élaborer les voies d’amélioration possibles.
En ce sens, il serait certainement intéressant que cette exigence déontologique puisse être plus largement étendue à l’ensemble des professions dont l’impact est directement en lien avec l’humain (dirigeants, managers, RH, enseignants, responsables d’associations…). Le bénéfice en serait appréciable pour l’ensemble des personnes, des équipes et des collectifs directement concernés 😊.
👉 La réflexivité, une pratique éthique :
D’un point de vue éthique, la pratique de la réflexivité rejoint la visée de l’ »arété » grec selon Aristote. Si les traductions ont proposé au fil des siècles les termes « vertu », « éthique » ou « excellence » pour évoquer l’arété, il exprime plus précisément l’idée du meilleur accomplissement possible d’un être (il n’est d’ailleurs pas limité aux seuls êtres humains puisqu’il est aussi possible de parler du meilleur accomplissement de la nature d’un animal ou de la fonction d’un objet).
Pour Aristote, l’arété permet à chaque être de déployer au maximum l’ensemble de ses potentialités propres. Il ne s’agit pas d’une morale moralisante, mais d’une recherche, d’une réflexion sur les conditions qui permettent d’accomplir pleinement sa vie. Or, c’est cette recherche qui est au cœur de la réflexivité. Pour le coach, elle vise à lui permettre de mobiliser toutes ses potentialités en tant que professionnel afin d’accomplir au mieux sa mission.
En outre, l’éthique aristotélicienne ne s’arrête jamais à l’intention car Aristote porte tout autant son attention sur l’effectivité de l’action, sur sa réalisation. En cela, elle permet un apprentissage continu, qui résonne également avec l’objectif de la pratique réflexive du coach professionnel.
Enfin, nous retrouvons parmi les caractéristiques du métier de coach, une autre résonnance avec les propos d’Aristote, son attention aux « cas particuliers ». Cette préoccupation se retrouve notamment lorsqu’il traite de la justice, rappelant que la loi étant générale, elle ne peut saisir l’ensemble des cas particuliers (il introduit pour y remédier le concept d’équité qui permet d’appliquer l’esprit de justice aux cas particuliers).
Or pour le coach, chaque accompagnement est « particulier ». Pour aucune situation donnée, il n’existe de recette universelle directement applicable (c’est d’ailleurs ce qui fait la richesse de ce métier !). Le coach doit toujours prendre en considération la singularité et la complexité de la personne coachée, sa personnalité, son vécu, sa sensibilité… C’est donc au quotidien que sa démarche réflexive lui permet de mettre en œuvre l’ensemble de ses potentialités, au service de chacune des personnes qu’il accompagne.
✨ Ces quelques pas sur le chemin de l’arété aristotélicien ne visaient qu’à tenter d’éclairer l’éthique de la pratique réflexive et à l’encourager. Belle réflexivité !